Le Mag

09/06/16

Chantier restauration, fin du premier acte.

La dépose des décors historiques de la Samaritaine touche à sa fin.

Fresques, frises, gardes corps, laves émaillées, pinacles, portes, menuiseries des fenêtres… tout est entreposé en pièces détachées dans différents ateliers de province afin d’être restauré. Pour Jean-François Buytaert, rencontré sur le quai de déchargement rue de la Monnaie, pendant la délicate opération de descente des lucarnes du cinquième étage du bâtiment Jourdain, c’est la fin d’une étape qui aura duré près de 10 mois. Ce conducteur de travaux détaché à plein temps sur le site par l’entreprise Socra, mandataire du groupement « Monument historique » de la Samaritaine, reconnait que cette phase a été un casse-tête à cause de la logistique. « Le montage des échafaudages, l’approvisionnement, le chargement des camions, tout est extrêmement contraint par l’exiguïté des installations de chantier, et le fait qu’on est au cœur de Paris au milieu d’une circulation intense ». « Un chantier exceptionnellement complexe, insiste-t-il, « qui exige une organisation des tâches sans faille où tout le monde a à pâtir du moindre « grain de sable » ».

Malgré cette difficulté, le calendrier n’a pas dérapé. Jusqu’à 20 personnes se sont attelées à démonter les décors, numéroter chaque pièce et préparer leur départ : métalliers, charpentiers, serruriers, ingénieur …, toute une chaîne de spécialistes de la restauration ayant l’habitude de ce travail qui requiert minutie et habileté pour éviter toute détérioration. « L’excellence de nos métiers d’art commence par là » explique notre interlocuteur.

Installée depuis 1990 à Marsac sur L’Isle en Dordogne, Socra est connue pour ses rénovations d’objets prestigieux parmi lesquels la galerie des glaces de Versailles, les sculptures de l’Opéra Garnier,  la construction du fac-similé de la grotte Chauvet en Ardèche et plus récemment l’archange du Mont Saint-Michel… Au fil du temps, cette entreprise d’artisans au sens noble du terme a associé à son savoir-faire les nouvelles technologies et étendu son champ d’expertise et d’intervention, mosaïques et pavements, aux ouvrages en pierre et en métal. « La Samaritaine est une opération hors normes souligne Jean-François Buytaert. Notre prochain défi sera de travailler avec les entreprises qui fabriquent du neuf et qui devront intégrer tous ces éléments classés ».

 

06/06/16

Une femme sur le pont

Depuis des semaines, on creuse et on terrasse sans relâche dans le « trou » de l’îlot Rivoli pour créer les fondations du futur bâtiment et les trois niveaux d’infrastructure. Derrière la palissade, les immenses tubes de métal (des « butons » en langage technique ») qui encombrent aujourd’hui l’espace pour tenir le mur de soutènement en construction le long de la rue de Rivoli laisse deviner l’ampleur des travaux. C’est un chantier compliqué, conduit sous la plus haute vigilance pour réduire au maximum les nuisances.

Parmi la trentaine de compagnons engagés sur le chantier (pelleurs, foreurs, ferrailleurs, charpentiers, responsables sécurité…), une jeune femme veille au grain. Vive, le regard pétillant, Frédérique le Cousturier anime et coordonne les équipes avec mission de « mettre de l’huile dans les rouages pour permettre au chantier d’avancer dans les temps, dans le souci de la qualité et de la sécurité ». Pas toujours facile pourtant de faire travailler en bonne intelligence des métiers et des entreprises différentes, reconnait cette ingénieure travaux rompue depuis huit ans aux méthodes de management Vinci. « Il faut beaucoup d’énergie et de diplomatie ! »

La journée commence tôt. A 7h30, à peine chaussés casque, gants et chaussures de sécurité, c’est la première réunion d’équipe à l’entrée du chantier rue Baillet : « la prise de poste », où pendant un quart d’heure, feutre à la main, elle rappelle, escortée de ses conducteurs de travaux, les travaux du jour. « Un moment essentiel, précise Frédérique qui permet à tous d’avoir une vue d’ensemble et de faire remonter des informations ». Puis les tâches s’enchaînent; réunions planning, budget, coordination, travail administratif, et … présence quatre heures au moins sur le chantier. « Des jours de pluie comme aujourd’hui, c’est particulièrement important de montrer aux équipes qu’on ne reste pas au chaud dans son bureau ! »

Un moment tentée par l’architecture par amour du bâtiment, Frédérique a choisi ce métier parce qu’il était « concret » (« le soir on sait ce que l’on a fait »). Elle ne regrette pas son choix même si reconnait-elle, « ce métier qui vous oblige à être dehors très souvent, peut être assez rude en hiver et vous demande énormément d’investissement ». Etre une femme, jeune de surcroît, est-il un handicap ? « C’est un métier presque plus facile, ça limite les coups de gueule, estime-t-elle. Mais en contrepartie, je ne peux pas me permettre des erreurs de débutant…. ». De l’autorité, Frédérique en a assurément. Et elle l’exerce avec ses armes à elle : « le respect et l’écoute », deux règles de bonne conduite qu’elle a à cœur de transmettre aux jeunes stagiaires qui l’entourent.